Entretien avec Boris Cyrulnik

France Inter, Mardi 17 septembre 2019

par Léa Salamé , Nicolas Demorand,

Internet : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-17-septembre-2019

Podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/boris-cyrulnik/id202987372?i=1000450073283

Boris Cyrulnik : « Ce qu’on va très probablement proposer, c’est un allongement du congé parental »

Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, est l’invité du grand entretien. Il publie « Préparer les petits à la maternelle » (sous sa direction), aux éditions Odile Jacob.

Neuropsychiatre reconnu pour ses travaux sur l’enfant notamment, Boris Cyrulnik a été désigné pour prendre la tête d’une commission de scientifiques qui va plancher sur la petite enfance, c’est-à-dire sur les 1 000 premiers jours de l’enfant.

Une période qui s’inscrit avant l’apparition de la parole, et même avant la naissance : « On est la seule culture, en Occident, à faire naître la psychologie le jour de la naissance. Dans beaucoup d’autres cultures, le jour de la naissance est un premier anniversaire. Le développement du corps de l’enfant se fait dans le ventre des femmes, mais même le développement du système nerveux est déjà soumis aux pressions du milieu« , explique-t-il.

« Si on rate ces 1 000 premiers jours, la vie de l’enfant peut être affectée si on ne fait rien »

Même si ces 1 000 jours sont capitaux, ils sont faciles à rattraper s’ils sont mal engagés : « La plasticité cérébrale et psychologiques sont telles que c’est très facile à rattraper« , explique Boris Cyrulnik. « Ce qu’on défend, c’est que si on répare l’environnement du bébé, la plupart des bébés reprendront un bon développement« , affirme-t-il, ajoutant que pendant longtemps un nouveau-né a été considéré comme un simple tube digestif, alors qu’aujourd’hui, « il y a une sémiologie, sur les cris, les petits bruits, qui permettent de savoir si le bébé va bien ou non« .

« Parler à un bébé, c’est stimuler les zones cérébrales correspondantes »

En quoi cette question peut-elle être du ressort de l’État ? Pour le scientifique, « l’enjeu à terme, c’est que lorsque des enfants sont en difficulté sociale, où le père et la mère sont stressés, on sait que l’Etat intervient, l’enveloppe sensorielle autour de l’enfant est plus stimulée et son cerveau se développe mieux« .

Au prix de coûter cher ? Boris Cyrulnik répond : « On va montrer des photos de développement cérébral aux décideurs : pour gagner un peu d’argent, va-t-on abîmer des populations entières de bébés ? On va lui montrer comment, si on organise bien, affectivement, comportementalement et socialement, l’enveloppe sensorielle d’un bébé, la plupart des enfants vont être bien partis. En Suède et en Finlande, 1% des enfants deviennent illettrés. En France, on est entre 12 et 15%. Ces pays ont pensé que mettre de l’argent sur les bébés, c’est une bonne affaire !« .

Le comité de scientifiques, qui va travailler à « collecter, hiérarchiser les réponses, et les fournir à l’État« , va donc faire des propositions au gouvernement, et notamment un allongement du congé parental, qui concernera le père et la mère. « La plupart du temps, en majorité, ce sont les femmes qui restent à la maison, mais la courbe des hommes qui décident de rester est en hausse. Je ne sais pas ce que décideront les couples, ni ce que décidera le gouvernement, mais les 1000 premiers jours, on sait qu’ils sont fondamentaux pour que nos enfants soient bien partis dans l’existence« .

Interrogé sur l’importance ou non de la présence d’un père, il explique que la présence paternelle joue un rôle très tôt dans le développement psychique de l’enfant, mais ajoute que la définition du « père » n’est pas figée. Ainsi, dit-il, « ce qui compte c’est qu’il y ait deux«  : « Si deux femmes s’occupent d’un bébé, l’une des deux aura la fonction paternelle. Si une femme élève un bébé avec un autre homme que celui qui a fait le coup, l’homme qui n’a pas planté l’enfant aura une fonction paternelle. Ce qui compte c’est d’ouvrir le champ sensoriel de l’enfant, pour qu’il apprenne à aimer sa mère et quelqu’un d’autre. Sinon il est prisonnier de l’amour de sa mère.« 

Faut-il donc sur-stimuler les bébés pour favoriser leur bon développement ? Pour Boris Cyrulnik, c’est même l’inverse qu’il faut faire. Il évoque le fait que les pays d’Europe du nord prônent plutôt une sous-stimulation de l’enfant jusqu’à ce qu’il soit « sécurisé » dans son développement. Alors qu’à l’inverse, « au Japon, en Chine, il y a une surstimulation des bébés : suicides d’adolescents, psychopathies… Une minorité d’entre eux font des performances intellectuelles stupéfiantes à un prix humain exorbitant ». L’important est d’abord de sécuriser l’enfant, ensuite il fera des performances.

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